Chapitre 1 : Vallaki, la malédiction et la boucle
Après leur nuit à la taverne de Dan, au village de Barovie, le groupe a pris la route de Vallaki pour retrouver le paladin survivant d’une expédition au château de Strahd.
Le trajet en calèche s’est déroulé sans incident majeur. À bord, deux figures marquantes : la comtesse Elise Watcher, attentive, méthodique, notant chaque détail dans un petit carnet sans jamais vraiment en expliquer la raison… et Tony, un barde presque silencieux, qui ne s’est exprimé que par le chant au campement.
À mi-chemin, au poste de garde forestier, quelques informations ont circulé. Des familles avaient péri. Rien d’explosif, mais cette impression persistante que la Barovie s’effrite lentement, morceau par morceau.
Vallaki les a accueillis avec sa tension habituelle : regards en coin, sourires rares, paranoïa diffuse. L’asile, lui, semblait décalé du reste de la ville. Trop silencieux. Trop isolé.
Une certaine Anastasia leur a ouvert la porte. Elle surveillait un patient payé par un tiers : Friedrich von Keln.
Friedrich parlait, mais ses phrases n’avaient aucun sens. Ce n’était pas de la folie. C’était une malédiction des langages. Tout ce qu’il disait était perçu comme absurde, alors qu’il était parfaitement lucide.
Une détection de magie lancée par Altheor a révélé une cache sous un chandelier : un parchemin de délivrance… et l’épée de Friedrich.
La malédiction levée, il a pu parler clairement. Paladin de l’Ordre du Dragon d’Argent. Survivant du château. Vainqueur de Strahd.
Il a raconté le combat.
Strahd était tombé. Désintégré. Le silence avait gagné la salle.
Puis une ombre rouge, brumeuse, squelettique, était apparue. Elle l’a relevé.
Au même moment, des hommes sont intervenus. Des attaques coordonnées. Chaque coup porté à Friedrich semblait le vider, l’affaiblir davantage.
Rahadin, le conseiller de Strahd, l’a ensuite maudit et fait enfermer dans cet asile, non pour le soigner, mais pour jouer avec lui.
Friedrich ignorait comment il avait perdu son bras. Il ne se souvenait pas qu’il lui manquait en quittant le château. Anastasia l’avait rafistolé, greffé, maintenu en état. Les joueurs n’ont pas cherché plus loin. Pas encore.
Le récit a été interrompu par l’attaque d’une petite horde de zombies, suivie d’une banshee. Cette fois, Friedrich a combattu. Épée en main, il a fait exploser plusieurs morts-vivants, révélant une puissance intacte malgré l’âge.
Vicktarion a failli y laisser la vie. Niméria l’a maintenu debout. Les sorts d’Altheor et de Serël ont terrassé la Banshee. Piotr a contribué en neutralisant plusieurs ennemis et en déclenchant un mécanisme permettant de libérer complètement Friedrich.
Puis l’asile a disparu.
En sortant, il n’y avait plus qu’une simple maison banale.
Dans le refuge souterrain d’Anastasia, les révélations se sont accumulées. Les corps en Barovie se ressemblent. Les morts ne se réincarnent pas vraiment. Le cycle est bloqué. Quelque chose de bien plus vaste maintient la structure en place.
Friedrich a alors livré ses dernières informations.
Sergei pourrait être une réponse.
Un autre semi-vampire existerait, semblable à Victorion : Jander Sunstar.
Mais le plus troublant est venu ensuite.
En fouillant leurs souvenirs, les joueurs se sont rappelé que les agents qui les avaient guidés vers la Barovie, des membres du Dragon d’Argent, comptaient parmi eux un certain Gustave… et un Friedrich.
En comparant leurs souvenirs à l’homme qui venait de mourir devant eux, une évidence glaçante s’est imposée : c’était le même.
Plus âgé d’une vingtaine d’années.
Ils ont compris qu’ils avaient rencontré, quelques jours plus tôt, un homme qui, dans son propre avenir, avait vaincu Strahd… puis s’était retrouvé maudit et enfermé.
La brume ne transporte pas seulement à travers les terres.
Elle traverse le temps.
Le groupe a commencé à douter de l’époque à laquelle chacun appartient réellement. Plans différents, temps différents. La Barovie semble les plier à sa propre chronologie.
Et c’est à ce moment-là qu’il a commencé à se désagréger.
Avant de disparaître, il a murmuré : « À bientôt. » et donna son epée à Viktarion.
Altheor, en recoupant le récit de Friedrich avec les fragments de savoir accumulés au fil des années dans ses ouvrages et ses notes personnelles, a senti une résonance familière. Cette brume rouge, squelettique, surgissant au moment précis où Strahd avait été vaincu… ce n’était pas une simple manifestation vampirique. Dans certains traités anciens de nécromancie interdite, il est fait mention d’une entité liée aux cycles brisés et aux morts retenus contre l’ordre naturel : une liche que l’on nomme la Mort Rouge.
Non pas une créature errante, mais une présence qui s’ancre aux lieux saturés de magie nécromantique, maintenant artificiellement des âmes et des corps dans un état de suspension. Pour Altheor, l’hypothèse devient crédible : si Strahd revient, ce n’est peut-être pas par sa propre puissance… mais parce que quelque chose, plus ancien et plus vaste, refuse qu’il disparaisse.
La session s’est achevée sur une certitude troublante.
Strahd revient.
Mais peut-être ne revient-il pas de son propre chef.
Peut-être est-il ramené. Maintenu. Retenu.
Et si la brume n’était pas seulement une frontière…
mais une volonté ?
Un filtre qui choisit qui entre, qui sort… et à quel moment.
Trois routes s’ouvrent désormais devant eux :
Le mausolée de Sergei.
Aller à la rencontre de Jander près du lac Von Zarovich.
Ou suivre la piste du carnaval Vistani.
La Barovie ne manque pas de chemins.
Reste à savoir lesquels mènent vers la vérité… et lesquels la dissimulent davantage.